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Mesdames, Messieurs, fonctionnaires de la Police nationale

Si j’ai décidé de m’adresser directement à vous c’est pour vous dire combien nous vous comprenons et vous soutenons dans les moments difficiles que vous traversez.

Confrontés à une situation que nos dirigeants qualifient eux-mêmes de « guerre », une guerre dans laquelle vous êtes en première ligne, vous vous sentez, à juste titre, abandonnés par le pouvoir en place.

Depuis deux quinquennats, les pouvoirs qui se sont succédé ont réduit sciemment vos effectifs avec une vision comptable irresponsable comme si la sécurité publique, comme si la sécurité des Français c’est-à-dire leur liberté pouvait être une variable d’ajustement des politiques publiques.

Petits technocrates sans vision et sans envergure, ils ont réduit votre mission à des obligations de résultats administratifs ou statistiques (au nombre de pv) oubliant que le maintien de la tranquillité publique est d’abord une affaire essentiellement humaine, d’engagement, de générosité au service du bien public.

Au niveau du terrain, les politiques, ceux-là mêmes qui sont en charges de vous diriger fuient souvent leurs responsabilités et vous laissent sans ordre mais, de leur bureau, savent vous accabler quand la situation risque de troubler leur déroulement de carrière.

Mais surtout, vous sachant confrontés à une menace criminelle de plus en plus violente, face à une menace terroriste c’est-à-dire une menace de nature militaire, ils vous abandonnent avec des moyens techniques et juridiques souvent dérisoires et presque toujours inadaptés.

Nous savons les outrages verbaux que pouvez essuyer chaque jour de la part d’individus bien connus de vos services, toujours les mêmes.

Nous avons connaissance des agressions physiques que vous subissez quotidiennement par des délinquants souvent multirécidivistes. La plupart semblent jouir d’une parfaite impunité, quand ce n’est pas d’une tolérance ou d’une indifférence du pouvoir politique.

Nous avons, comme chacun d’entre vous, en mémoire l’attaque de Viry-Châtillon où deux de vos collèges ont été brûlés vifs par des criminels et non des « sauvageons » comme a pu scandaleusement le dire un ministre de l’Intérieur indigne.

Cet acte nous a glacés et nous glace toujours d’effroi quand on sait qu’un jeune homme de 28 ans et une jeune mère de 3 enfants vont porter toute leur vie d’effroyables séquelles de cette agression

Avec le double assassinat de Magnanville, nous savons que la guerre que l’on vous demande de mener est totale : ce n’est plus votre propre vie qui est en jeu, mais aussi potentiellement celles de vos familles. Cela aussi doit être pris en compte.

Les forces de gendarmerie, interdites de parler du fait de leur statut militaire, partagent la même constatation face à cette dégradation et cette progression dans l’horreur.

Force est de constater que le pouvoir actuel, discrédité et usé, est dépassé par les évènements. Certaines zones de notre pays semblent plongées dans un chaos sécuritaire inquiétant. L’insécurité s’est étendue à nos campagnes et à nos écoles avec la multiplication des agressions contre vos collègues de l’Education nationale.

Derrière ces attaques contre des fonctionnaires, ne nous y trompons pas, c’est l’Etat qui est visé, c’est la République française qui est visée, c’est la nation française tout entière qui est visée.

C’est avec solennité que je veux vous dire mon soutien total et celui des Français attachés à nos valeurs, à nos libertés, à nos principes de vie.

Vous le savez, je crois nécessaire de remettre la France en ordre. Nous devons réaffirmer la souveraineté intérieure de l’Etat.

Il est urgent d’engager un plan de réarmement de nos forces de sécurité publique :

> Un réarmement moral avec le témoignage de ce lien indissoluble entre la nation et ses défenseurs intérieurs, la solidarité des citoyens envers leurs policiers, le soutien indéfectible de l’Etat envers ses serviteurs. Cette reconnaissance qui doit être sans faille, passe également par une révision des situations individuelles sans laquelle vous ne pouvez pas travailler avec un esprit libre : la revalorisation des situations salariales, le paiement effectif de vos heures supplémentaires, les justes promotions et mutations aujourd’hui bloquées par la politique de régression des effectifs.

Plus pratiquement, le soutien aux fonctionnaires c’est aussi faire en sorte que les policiers puissent bénéficier de logements dans des secteurs où leurs familles ne seront pas menacées.

> Un réarmement humain avec une augmentation sensible des effectifs de police non pas seulement des emplois jeunes mais des fonctionnaires, formés, motivés, managés et surtout soutenus.

> Un réarmement matériel en apportant les dotations budgétaires suffisantes à la modernisation des commissariats, à l’achat de véhicules performants, à la dotation de matériels et d’armements modernes et dimensionnés, à la formation des personnels aux nouvelles menaces à commencer par un entraînement très régulier au tir.

> Un réarmement juridique en établissant une présomption de légitime défense pour les fonctionnaires de police nationale attaqués, en rendant anonyme leurs plaintes contre leurs agresseurs pour ne pas les désigner aux voyous, en

accompagnant systématiquement les fonctionnaires plaignants avec des avocats de l’Etat qui assureront leur défense et leur obtiendront des indemnisations à la hauteur de leur atteintes corporelles et psychologiques.

Au-delà, parce que la solution à des questions aussi complexes n’est pas seulement policière, le soutien juridique des forces de sécurité publiques passe aussi par un fonctionnement revu et amélioré de toute la chaîne pénale c’est-à-dire du maillon judicaire et carcéral. Sans cela, votre travail admirable continuera de vous apparaître vain et donc décourageant.

Chers compatriotes, fonctionnaires de police, de notre police nationale, votre mécontentement n’est pas seulement légitime. Il est sain. Il porte en lui une réaction salutaire devant une situation qui nous concerne tous, une situation dont on voit bien qu’elle met en jeu la liberté et même la vie de chacun d’entre nous.

Les menaces de sanctions qui vous visent sont dérisoires venant de gens qui n’ont, aujourd’hui, pas d’autre choix digne que de démissionner. Ce n’est pas de menaces dont vous avez besoin mais de soutien et de décisions.

Nous savons que le pays vous soutient pleinement parce qu’il sait pouvoir compter sur vous y compris en ces circonstances ô combien difficiles !

Partisans d’un Etat restauré, conscients de ce que nous vous devons tous les jours, nous sommes de cœur et d’esprit avec vous. Vous pouvez compter sur nous.

Vive la police française

Vive la République française

Vive la France

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